Se connecter

Albert Chavaz, peindre le Valais pour le faire durer

Albert Chavaz, peindre le Valais pour le faire durer

Il y a des artistes qui peignent des paysages.
Et puis il y a ceux qui ancrent un territoire dans le temps.

Albert Chavaz fait partie de cette seconde catégorie. Né à Genève en 1907 et décédé à Sion en 1990, il a consacré l’essentiel de sa vie et de son œuvre au Valais. Non pas pour l’idéaliser, mais pour le comprendre, l’observer et le transmettre.

Ses tableaux ne cherchent pas l’effet spectaculaire. Ils racontent une montagne vécue, habitée, travaillée par la lumière, les saisons et les gestes quotidiens.

De Genève au Valais : la rencontre décisive

Formé à l’École des Beaux-Arts de Genève, Albert Chavaz est d’abord marqué par l’héritage impressionniste. Couleur, lumière, liberté du geste : ses premières œuvres en portent clairement la trace.

Mais en 1934, un voyage change tout.
Lorsqu’il découvre le Valais pour la première fois, Chavaz est frappé par la puissance du paysage et par la relation intime entre les villages, les montagnes et la lumière. Il ne s’agit plus seulement de peindre, mais de s’installer.

Il choisit Savièse, sur les hauteurs de Sion, et y construit son atelier. Ce lieu deviendra son point d’ancrage, son observatoire et son terrain d’exploration artistique pendant plus de cinquante ans.

Une vie simple, tournée vers l’observation

À Savièse, Chavaz mène une vie volontairement sobre. Il vit avec son épouse Julie et leurs six enfants (Bernard, Martin, Denis, René, Véronique et Pierre-Alain), dans un quotidien rythmé par le travail, les saisons et la lumière. Selon les archives du Journal de Savièse, le couple s’installe d’abord à Granois avant que le peintre ne construise sa maison-atelier à Zambotte en 1956.

Il peint tôt le matin, souvent tard le soir, et passe de longues heures à observer un même paysage. La montagne ne se donne pas immédiatement : elle se révèle par petites variations. Un nuage. Une ombre. Une neige plus dense. Une vigne plus sombre.

Cette patience se ressent dans ses œuvres. Rien n’est figé. Tout est habité.

À la fin des années 1970, la commune le nomme bourgeois d’honneur en reconnaissance de son attachement au village et de son œuvre.

Aujourd’hui encore, plusieurs lieux de Savièse portent la trace de son passage.

La “École de Savièse” : un esprit plus qu’un style

À la fin du XIXe siècle, Savièse attire déjà plusieurs artistes fascinés par la lumière et les traditions du Valais. Autour du peintre Ernest Biéler se développe progressivement ce que l’on appellera plus tard « l’École de Savièse » : un courant artistique regroupant différents peintres inspirés par la vie valaisanne, les costumes traditionnels et les paysages alpins.

Plus qu’un mouvement structuré, il s’agit d’un esprit commun partagé par plusieurs artistes travaillant dans la région. Leur point commun :

  • un réalisme assumé
  • une palette franche
  • une peinture ancrée dans le territoire

Chavaz y joue un rôle clé. Il encourage, conseille, soutient. Il aide les jeunes artistes à regarder leur environnement proche avec sérieux et exigence. Peindre le Valais n’est pas un repli local : c’est une manière de toucher à l’universel. Contrairement à une peinture folklorique ou purement documentaire, Chavaz cherche davantage à transmettre une atmosphère, une émotion et une relation intime au territoire.

Une peinture du Valais, sans folklore

Les œuvres d’Albert Chavaz se distinguent par :

  • une grande lisibilité des formes
  • un travail précis de la lumière
  • des couleurs puissantes mais maîtrisées

Montagnes, villages, coteaux, glaciers, Rhône : tout est reconnaissable, mais jamais décoratif. Le Valais n’est pas un décor de carte postale, c’est un espace vécu. Comme Ernest Biéler ou Édouard Vallet avant lui, Chavaz est fasciné par la lumière sèche et contrastée du canton. Cette luminosité particulière structure toute son œuvre.

Parmi ses œuvres les plus connues :

  • Le Mont-Blanc
  • Les Dents du Midi
  • La Vallée du Rhône
  • Les villages de Savièse

Ses tableaux sont aujourd’hui conservés dans de grandes institutions, notamment au Musée d’Art du Valais, au Kunsthaus Zürich ou encore au Musée d’Art Moderne de Paris.

Les figures humaines : corps, présence et humanité

Si Albert Chavaz est surtout connu pour ses paysages, son œuvre accorde aussi une place importante à la figure humaine, et notamment aux nus féminins. Ces peintures ne relèvent ni de la provocation ni de l’esthétisation gratuite. Le corps y est traité comme un sujet pictural à part entière, au même titre qu’une montagne ou qu’un village.

Les nus féminins de Chavaz sont sobres, puissants, souvent inscrits dans un espace simple, presque intemporel. Les corps sont pleins, ancrés, parfois massifs, loin des canons idéalisés. Il ne cherche pas à séduire le regard, mais à exprimer une présence, une densité, une humanité.

Vitraux et mosaïques : l’art dans l’espace public

Albert Chavaz ne se limite pas à la peinture de chevalet. Il réalise également de nombreux vitraux et mosaïques, principalement pour des églises et des bâtiments publics valaisans.

Ses vitraux se distinguent par :

  • des compositions lisibles
  • des couleurs intenses
  • une symbolique accessible

Ses mosaïques sont visibles dans des lieux du quotidien, rappelant que l’art peut — et doit — faire partie de la vie ordinaire.

Une œuvre tournée vers la transmission

Chavaz était aussi pédagogue. Il participe à la création de la Société des Arts de Savièse et enseigne à l’École d’Art locale. Pour lui, l’art ne se protège pas : il se transmet.

Il reçoit en 1950 le Prix Diday, l’une des plus hautes distinctions suisses en peinture. Mais son héritage le plus fort reste ailleurs : dans cette manière d’avoir regardé le Valais avec respect, constance et profondeur.

Un héritage toujours vivant

Albert Chavaz décède en janvier 1990.

Mais son œuvre continue de marquer profondément l’identité culturelle valaisanne.

Ses tableaux ne racontent pas seulement des paysages.
Ils racontent une manière d’habiter le Valais.
Une manière de regarder la montagne, la lumière et le temps qui passe.

À travers sa peinture, Albert Chavaz a figé une mémoire collective :
celle d’un Valais rural, lumineux et profondément humain.

Et c’est sans doute pour cela que son œuvre touche encore autant aujourd’hui.

Sources et références

  • Fondation Pierre Gianadda
  • Archives de la Commune de Savièse
  • Raymond Farquet, Albert Chavaz, un portrait (1985)
  • Marie-Claude Morand, L’œuvre d’Albert Chavaz dans le paysage artistique romand (1994)
  • Stéphane Biffiger et Paul Riniker, Catalogue de l’œuvre peint (2000)
  • Journal de Savièse, n°297, novembre 2007

Articles connexes